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16/10/2008

Le libéralisme ne s’effondrera pas

Contrairement à ce que le président du PS prétend dans une interview à la libre ce samedi, le libéralisme ne s’effondrera pas à l’occasion de ce crash boursier. Il s’amendera, se perfectionnera mais cette crise ne signifie certainement pas la fin de l’économie de marché… elle en sortira plus forte  et c’est heureux car aucun modèle socialiste ou autre n’est aujourd’hui susceptible de constituer une alternative sérieuse.

 

china_shanghai_stock_market_crash_recession

Alors que certains consacrent toute leur énergie à sauver ce qui peut l’être et à préserver l’ensemble de la population du chaos, d’autres préfèrent déjà exploiter de manière politicienne la situation. C’est le jeu démocratique mais je ne peux m’empêcher de regretter le manque de solidarité du président du PS vis-à-vis d’un gouvernement auquel il participe par ailleurs.

Quelles sont les origines de cette crise ? Analyse 

  • La crise du crédit aux USA. On a déjà beaucoup parlé des « subprimes », ces crédits hypothécaires douteux, qui ont été accordés à des personnes précarisées et sans couverture santé. Il est évident que de tels dossiers n’auraient jamais été validés en Belgique. Ils l’ont été aux USA parce que l’immobilier connaissait une croissance à deux chiffres depuis de nombreuses années. Le calcul de ces banquiers, peu scrupuleux, était que même si ces preneurs de crédit ne parvenaient pas à honorer leurs engagements, ils auraient toujours la possibilité de revendre leur bien immobilier pour solder leur engagement et même encaisser une plus-value. Les arbres ne montant jamais jusqu’au ciel, les problèmes sont apparus lorsque le marché immobilier s’est effondré.

On va encore beaucoup parler des autres formes de crédit à la consommation, notamment de celles qui ont permis aux industries automobiles US de continuer à vendre des 4X4 alors que le prix de l’essence ne cessait d’augmenter. Peut-on encore parler de vente de voiture quand un concessionnaire propose de vous racheter votre ancien véhicule au prix fort en cash et vous laisse repartir avec une nouvelle voiture sans mensualités à payer avant deux ans.  Comment vont-elles aujourd'hui trouver le financement pour adapter enfin leur offre à la demande.

Est-ce la vocation d’une carte de crédit de permettre de payer son crédit hypothécaire ? Est-il sain de laisser certains détenir plusieurs dizaines de ces cartes et plonger dans le surendettement ? Toutes ces pratiques ont eu cours au pays de l’oncle Sam, elles ont permis à l’administration Bush de maintenir artificiellement une croissance US forte et de masquer ses catastrophiques erreurs de jugement, notamment :

  1. La guerre en Irak, qui a échoué à maintenir des prix pétroliers bas mais au contraire en déstabilisant durablement toute cette région, a accentué notre dépendance vis-à-vis des monarchies pétrolières.
  2. L’absence de diversification énergétique et le maintien d’une économie très consommatrice en énergie, inadaptée à la situation climatique mais aussi au contexte géopolitique.
  3. L’explosion des déficits budgétaires et de l’endettement public US, qui interdisent aujourd’hui à cette administration de disposer des ressources nécessaires pour assumer seule ces erreurs de jugement.
  • La titrisation des moyens de crédit. Prônée par Alan Greenspan, qui voyait dans ce mécanisme, un moyen de répartir dans l’économie mondiale les risques pris en matière de crédit par les seuls opérateurs US. Beaucoup d’analystes, dont Warren Buffet, attribuent à cette mécanique, la mondialisation de cette crise, qui sinon aurait essentiellement concerné les institutions bancaires US. En déresponsabilisant les émetteurs de crédit des risques de défauts de paiement encourus par les preneurs, le système bancaire US a permis cette extraordinaire inflation de la masse monétaire et a transféré ce risque à l’ensemble des institutions financières, qui ont maintenu à tort leur confiance dans le système bancaire US.
  • La faillite des agences de notation de crédit. A l’occasion de cette crise financière, nous assistons à la faillite des agences de notations(Standard and Poors, Fitch, etc) qui évaluent la qualité des entreprises ainsi que les qualités des instruments de crédit de celles-ci. Elles ont surévalué ces qualités avant l’explosion de la crise et ont ainsi favorisé la création de la bulle des subprimes, aujourd’hui elles accentuent cette crise en anticipant trop fortement certaines dépréciations d’actifs. Si une meilleure régulation doit naître suite à cette crise, elle passera par la création d’organes de notation hors-marché et indépendant.
  • Le maintien de taux de crédit artificiellement bas par la Federal Reserve Bank en dépit des déficits conjugués du budget et de la balance commerciale US, qui a stimulé l’explosion de ces crédits et la formation de bulles spéculatives, notamment dans le secteur immobilier.

A la lecture de cette analyse, il est évident que l’administration Bush porte une immense responsabilité dans la crise à laquelle nous assistons et qui a aujourd’hui contaminé l’ensemble de l’économie mondiale. Comme la crise s’est propagée à l’ensemble de l’économie mondiale, une mobilisation de l’ensemble des acteurs économiques mais également de l’ensemble des puissances publiques est indispensable. Cette mobilisation devra mettre en œuvre des solutions globales concertées et de nature à rendre confiance dans le système financier.

Malgré l’exploitation politicienne, dont fait l’objet cette crise par le PS belge, il ne s’agit pas d’une mise en cause de l’économie de marché en tant que telle. Il s’agit encore du meilleur système pour financer, par exemple, les investissements qui seront nécessaires pour industrialiser les technologies qui répondront aux défis climatiques et à la diversification de nos sources d’énergie. Il faudrait que ceux qui remettent en cause ce système économique, proposent alors une alternative réellement crédible. Ce n’est pas non plus une mise en cause du libéralisme tel qu’on l’envisage par exemple au MR, qui n’a jamais prôné ni la dérégulation ni nié le rôle social de l’état. L’économie de marché, ce n’est ni l’absence de règles ni l’absence de contrôle des acteurs du marché. Il faut bien sûr des règles, même si celles-ci doivent permettre à un marché de s’exprimer, c'est-à-dire d’organiser la concurrence entre des acteurs économiques, de sanctionner ceux qui sont moins efficaces et de récompenser ceux qui le sont plus.

Dans un monde globalisé, les instruments qui permettront une régulation efficace de la part la puissance publique, seront nécessairement supranationaux. Il me semble qu’il devrait être possible d’avancer rapidement dans ce sens au niveau de l’eurogroupe, qui partage la même monnaie et donc le même cadre économique et globalement la même conception du rôle de l’état. Il sera sans doute également nécessaire de prévoir des organes de régulation à un échelon plus élevé (véritablement mondial). Restaurer la confiance pour sortir de cette crise, et c’est indispensable, rend la mise en œuvre de ces mesures urgentes et nécessaires. Il s’agit de ne pas gâcher cette chance historique.