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11/02/2009

Le Deal BNP-Fortis refusé par l'AG

Au cours d'une assemblée générale qui ressemblait plus à une tribune de supporters au soir d' une défaite capitale, le deal Fortis-Bnp a été refusé à une très courte majorité par les actionnaires.  Comme je le disais sur ce blog ce lundi, il me semble qu'on a trop occulté le fait que PLUSIEURS tours de refinancement seront nécessaires pour sauver les banques comme cela a été évoqué lors d'un récent ecofin (réunion des ministres des finances).

Didier Reynders s'est d'ailleurs fait tapé sur les doigts par ses "collègues" de gouvernement pour avoir osé mentionner ce fait pourtant communément admis par tous: il ne faut pas affoler la population. L'état belge, notoirement surendetté et dont la note de crédit est déjà inférieure à beaucoup d' autres pays de l'eurozone...n'aura sans doute pas les moyens de renflouer à répétition toutes ses très grosses banques (Fortis, c'est trois fois le PIB belge)!!! Ma conviction, c'est que le marché anticipe aujourd'hui plus les capacités des états à assumer ces prochains tours de refinancement de leurs banques, déjà sous perfusion publique, que les performances de celles-ci ou leurs ratios de solvabilité. Les trois banques belges (Fortis, Dexia, KBC) subissent une décote à peu près similaire de 85% en un an alors que leurs performances ou leurs expositions aux risques sont très différentes.


Si cette analyse est la bonne, je ne serai pas étonné que la joie de Maître Modrikamen et consors ne soit que de très courte durée et que le management ne resollicite en urgence notre gouvernement très prochainement.  J'espère sincèrement me tromper et souhaite le meilleur aux nouveaux administrateurs de Fortis Holding.  On verra!!!

09/02/2009

Une assemblée des actionnaires cruciale ce 11 février.

fortisag.gifCertains affirment que le gouvernement belge aurait du faire preuve de plus d'intelligence émotionnelle ou de pampering envers les petits actionnaires Fortis, ce qui aurait pu infléchir également la décision de Ping Ang, du moins si on en croit leur dernier communiqué de presse!  :-)  Avec eux, je suis d'avis que ce sont plutôt les Exell  sheets qui fonctionnent et c'est vrai que c'est sur cet aspect des choses que les négociateurs du second deal Fortis/BNP ont concentré leurs efforts.  Il était également crucial de convaincre les gros actionnaires familiaux ou semi-institutionnels comme le holding Saverys, Bois Sauvage, etc... dont certains ont déjà annoncé qu'ils voteraient oui le 11 février, sauf aux opérations néerlandaises toutefois.  Il n'est cependant pas dit que cette décision de Ping Ang soit réellement définitive, jusqu'à la dernière minute avant le vote de l'assemblée des actionnaires...les rebondissements, la propagande, les négociations et les rumeurs risquent d'être encore nombreuses au vu de l'importance des enjeux.  Mais il me semble important que les actionnaires de Fortis analysent ce dossier de manière non-émotionnelle et dépassent les aspects de communication et de prestance dans les médias.

Le nouveau deal Fortis/BNP permet surtout de doter le holding d'un projet industriel crédible (l'activité de premier assureur belge), qui offre des perspectives de création de valeur réaliste.  Il permet également aux actionnaires de participer à d'éventuelles plus-value sur l'action BNP (le fameux coupon 42). Quant à la valorisation, j'aimerais que chaque petit actionnaire prenne le temps de bien réfléchir, de comparer la situation des valeurs financières comparables sur le marché belge et surtout de calculer: si nous comparons les cours de Fortis Holding avec ceux de ses deux autres concurrents belges, nous devons constater que la décote à un an pour Fortis est actuellement (pour un cours d'action à 1.45€ ce vendredi 6 février) de 89.80%...celle de Dexia (84.84%) et KBC (83.72%) (source L'Echo du samedi 7/2/2009).  Tous les analystes sont d'accord de considérer que le cours de Fortis Holding est actuellement pénalisé par l'incertitude générée par l'assemblée générale du 11 février et fixent une valorisation après approbation du deal Fortis/BNP à environs 2.70€/action, qui serait parfaitement en ligne avec celles des autres valeurs financières belges, voire même relativement favorable...enfin si on ose dire!!!

Les petits actionnaires Fortis doivent faire leur deuil des valorisations, promises par certains avocats, et arrêter de réver à des miracles qui n'arriveront pas ... Comme les actionnaires des autres valeurs financières belges comparables l'ont déjà fait, s'agissant de leurs propres actions.  Car, c'est malheureusement cela, la triste réalité des marchés financiers aujourd'hui!  Aucun magicien ne pourra changer cette réalité d'un coup de baguette magique, pas même Maître Modrikamen ou Pierre Nothomb.  Les vérités d'hier ne sont plus celles d'aujourd'hui et personne, pas même les deux précités, ne sait aujourd'hui ce qu'elles seront demain.

Quant à un éventuel plan B, tout le monde s'accorde sur le fait qu'en cas de rejet, la situation pourrait rapidement devenir incontrôlable même pour l'état belge.  On parle ici de besoins de capitaux et de garanties s'élevant à plusieurs dizaines milliards d'euros pour un état dont l'endettement public s'élève actuellement à environs 311 milliards d'euros.   C'est peut-être aussi une des raisons du massacre de nos valeurs financières sur les marchés et l'intérêt principal d'un adossement de Fortis à un partenaire industriel FRANCAIS de la taille de BNP-Paribas. Surtout si comme certains experts le disent, plusieurs opérations de refinancement des banques s'avèraient nécessaires.  Chacun peut comprendre que dès lors que toutes les banques sont sous perfusion des états dont elles dépendent, le marché se préoccupe aussi dès maintenant des capacités de ces états à assumer ces opérations. Celles de la Belgique ne sont hélas pas comparables à celles de la France, de l'Allemagne voire des Pays-Bas., surtout au vu de la taille de nos banques   Si cette hypothèse se révélait exacte, je laisse chacun juger du risque de conserver Fortis en stand alone pour la Belgique.  Refuser ce nouveau deal pourrait affecter substantiellement et durablement les capacités et les conditions d'emprunt de l'état belge.  Notamment les taux de financement de notre dette publique qui sont déjà substantiellement différent de ceux d'autres pays de la zone euro (Allemagne, France, P-B).  Nul doute que si telle était la décision des actionnaires, les intérêts de ceux-ci cesseraient immédiatement d'être la principale priorité du gouvernement, qui serait contraint de prendre  aussi en considération les intérêts et préoccupations de la population belge dans son ensemble et certainement aussi celles des clients et épargnants de Fortis.

Car l'autre risque majeur que fait courir un "non" de l'assemblée générale des actionnaires, c'est évidemment la reprise d'un "run on the bank" des clients de Fortis.  Chacun sait qu'aucune banque n'est en capacité de résister bien longtemps à un tel phénomène.  Selon les critères de Bâle II, les fonds propres d'une banque doivent correspondre à 8% des dépots.  En clair, cela signifie qu'une banque ne peut faire face à des retraits supérieurs à ce pourcentage, au delà elle ne dispose plus de fonds disponibles pour ce faire.  En effet, la majorité des dépôts sont immobilisés à long terme sous la forme de crédits hypothécaires, par exemple, tandis qu'un compte courant ou un compte épargne peut être cloturé du jour au lendemain par chaque client.  Le métier de banquier repose sur la confiance de ses clients dans sa solidité financière.

L'incertitude, qui ne manquera pas d'être générée par un refus demain du deal Fortis-BNP,  et le probable chaos, qui s'en suivra, fait évidement courir un risque de reprise du "run on the bank" qui était en cours lorsque le gouvernement est intervenu au début du mois d'octobre dernier.  Chaque actionnaire doit aujourd'hui prendre ses responsabilités, elles auront des conséquences importantes non seulement pour ses finances personnelles mais aussi pour nos finances publiques.  Je leur conseille l'excellent dossier réalisé par le journal L'Echo dans son édition de ce week-end (qui restera disponible ce lundi), je leur recommande particulièrement l'interview en page 4 de Guy de Selliers (candidat administrateur et aussi actionnaire "familial", qui a beaucoup perdu) et pour ceux qui lisent le néerlandais celle de Ludwig Criel dans le Standaard, un candidat sérieux à la présidence du Holding.

Il est évident que les membres du gouvernement, qui ont négocié  puis renégocié ce deal, n'affrontent pas aujourd'hui la tempête soulevée par certains avocats pour le plaisir.  Il est également évident que Didier Reynders et le MR sont parfaitement informé de la colère et du dépit de certains actionnaires, dont certains font aussi partie de son électorat.  Exercer des responsabilités politiques, c'est aussi s'obliger à prendre en compte l'intérêt général et pas seulement celui de certains de ses électeurs.  L'avocat Modrikamen, qui envisagerait de se lancer  lui aussi en politique, n'a sans doute pas encore ce sens de l'état là!!!  ;-)  Il gagne aujourd'hui beaucoup de notoriété et semble en tirer beaucoup de plaisir et d'honoraires, il risque bien, au même titre que les actionnaires "dont il défend les intérêts", de connaître des lendemains qui déchantent si cette AG lui donne raison et que tout ne se passe pas très exactement comme il le suppose confortablement aujourd'hui.  On verra.  ;-)

 

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13/12/2008

Le sauvetage de Fortis annulé

fortis_106434a.jpgCe vendredi, la cours d'appel de Bruxelles, vient de rendre un arrêt annulant les opérations de sauvetage de Fortis entreprises par le gouvernement.  Le formalisme du droit des sociétés n'aurait pas été respecté à cette occasion et notamment les droits des actionnaires à s'exprimer à l'occasion d'une AG sur ces opérations.

Quelles sont les motivations de ceux qui ont entrepris cette action?  On a beaucoup dit que le gouvernement avait soldé les actifs de Fortis à la France et à BNP à vil prix, que le gouvernement aurait du agir dans le cas de Fortis comme il l'avait fait pour Dexia, que le gouvernement avait tiré profit de cette opération, en empochant une importante plus-value au passage sur le dos des actionnaires.  On a même pu lire les pires horreurs sur les membres du gouvernement qui ont procédé à ces opérations.

Bien sûr, des cabinets d'avocats, des associations de défense des actionnaires minoritaires voire même des consommateurs -sic-, ont mobilisé et fédéré les intérêts de nombreux petits porteurs Fortis en colère.  Ce seront pourtant sans doute les seuls bénéficiaires de ces actions car quoiqu'il advienne leurs plantureux honoraires à eux seront provisionnés.

Un dur retour à la réalité pour ces actionnaires, menace.  Car depuis l'entame de ces procédures, quelques événements se sont produits qui mériteraient d'être portés à leur attention:

  • Tout d'abord, la crise financière a largement empiré.  Fortis n'était que l'une des premières victimes du bain de sang qui a suivi.  Aujourd'hui, pratiquement toutes les institutions financières de la planète sont en grandes difficultés et bon nombre d'entre-elles ont du recourir à une intervention de l'état, y compris BNP Paribas, l'acheteur soi-disant privilégié des actifs de Fortis.  L'état belge, que certains soupçonnent d'avoir réalisé une trop bonne opération -sic- au détriment des actionnaires, a souscrit à des actions BNP à un cours de 65€/action, elles ne valent plus aujourd'hui que 43 €/action, soit une perte de valeur de 33% sur quelques semaines.  Qui peut dire aujourd'hui où s'arrêtera la chute?  Combien de temps faudra-t-il avant que l'état belge puisse acter une plus-value sur ces participations et répartir les très virtuels bénéfices de celles-ci aux actionnaires bénéficiaires du coupon 42, objet de tant de convoitises?
  • On a beaucoup parlé de sous-évaluation des actifs de Fortis (portefeuille immobilier, portefeuille d'assurance, etc.).  La situation a également beaucoup évolué à la baisse et surtout où sont aujourd'hui les candidats-acheteurs, disposant de suffisament de liquidités, pour ces actifs?
  • Depuis ces opérations sur Fortis, nous avons également assisté à la faillite non-plus de banques mais d'états, qui ne peuvent dès lors assumer leur rôle de prêteurs de dernier ressort... l'Islande par exemple.   Les malheureux clients de Kaupthing sont au courant. Les ressources de l'état belge, dont on connait le niveau d'endettement, peuvent sembler illimitées aux actionnaires de Fortis et à leurs avocats, qui comparent souvent les opérations Fortis avec celles de banques comme Ethias ou Dexia, en oubliant que les actionnaires de ces banques ont activement contribué à ces  sauvetages en prenant part aux nécessaires opérations d'augmentation de capital.  Les actionnaires actuels de Fortis sont-ils prêts aujourd'hui à souscrire à une substantielle augmentation de capital pour sauver la banque dont ils sont actionnaires?

Ce qui me semble certain, c'est que la fable inventée par certains bureaux d'avocats, laissant présager des jours radieux aux petits actionnaires de Fortis, ne se réalisera pas.  Le premier jugement intervenu sur ces questions, tenait largement compte de ces considérations déterminantes.  Dire le droit est certes important et il est hors de question pour un démocrate de mettre en cause l'indépendance de la justice.  Il est permis cependant de s'interroger sur le but poursuivi par ces associations d'actionnaires:  annuler la vente à BNP fait courir un risque important aux clients, au personnel de cette banque et plus généralement à l'ensemble des citoyens belges.  Le "run on the bank" qui a justifié l'intervention du gouvernement, pourrait tout aussi bien reprendre et justifier des décisions gouvernementales plus radicales encore demain.

Les chances que ces actionnaires sortent gagnants de cette procédure, me semblent quant à elles très limitées.  Certes, Fortis est une entreprise systémique...dont la faillite pure et simple est improbable.  Croire pour cette raison que l'état belge sera obligé de faire passer les intérêts des actionnaires avant ceux de tous les autres, est une vraie erreur.  Certains investisseurs, qui ont investi après la première intervention de l'état, ont parié en connaissance de cause sur ce postulat...c'était un pari risqué, une spéculation.  Cela le reste plus que jamais aujourd'hui.