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13/12/2008

Le sauvetage de Fortis annulé

fortis_106434a.jpgCe vendredi, la cours d'appel de Bruxelles, vient de rendre un arrêt annulant les opérations de sauvetage de Fortis entreprises par le gouvernement.  Le formalisme du droit des sociétés n'aurait pas été respecté à cette occasion et notamment les droits des actionnaires à s'exprimer à l'occasion d'une AG sur ces opérations.

Quelles sont les motivations de ceux qui ont entrepris cette action?  On a beaucoup dit que le gouvernement avait soldé les actifs de Fortis à la France et à BNP à vil prix, que le gouvernement aurait du agir dans le cas de Fortis comme il l'avait fait pour Dexia, que le gouvernement avait tiré profit de cette opération, en empochant une importante plus-value au passage sur le dos des actionnaires.  On a même pu lire les pires horreurs sur les membres du gouvernement qui ont procédé à ces opérations.

Bien sûr, des cabinets d'avocats, des associations de défense des actionnaires minoritaires voire même des consommateurs -sic-, ont mobilisé et fédéré les intérêts de nombreux petits porteurs Fortis en colère.  Ce seront pourtant sans doute les seuls bénéficiaires de ces actions car quoiqu'il advienne leurs plantureux honoraires à eux seront provisionnés.

Un dur retour à la réalité pour ces actionnaires, menace.  Car depuis l'entame de ces procédures, quelques événements se sont produits qui mériteraient d'être portés à leur attention:

  • Tout d'abord, la crise financière a largement empiré.  Fortis n'était que l'une des premières victimes du bain de sang qui a suivi.  Aujourd'hui, pratiquement toutes les institutions financières de la planète sont en grandes difficultés et bon nombre d'entre-elles ont du recourir à une intervention de l'état, y compris BNP Paribas, l'acheteur soi-disant privilégié des actifs de Fortis.  L'état belge, que certains soupçonnent d'avoir réalisé une trop bonne opération -sic- au détriment des actionnaires, a souscrit à des actions BNP à un cours de 65€/action, elles ne valent plus aujourd'hui que 43 €/action, soit une perte de valeur de 33% sur quelques semaines.  Qui peut dire aujourd'hui où s'arrêtera la chute?  Combien de temps faudra-t-il avant que l'état belge puisse acter une plus-value sur ces participations et répartir les très virtuels bénéfices de celles-ci aux actionnaires bénéficiaires du coupon 42, objet de tant de convoitises?
  • On a beaucoup parlé de sous-évaluation des actifs de Fortis (portefeuille immobilier, portefeuille d'assurance, etc.).  La situation a également beaucoup évolué à la baisse et surtout où sont aujourd'hui les candidats-acheteurs, disposant de suffisament de liquidités, pour ces actifs?
  • Depuis ces opérations sur Fortis, nous avons également assisté à la faillite non-plus de banques mais d'états, qui ne peuvent dès lors assumer leur rôle de prêteurs de dernier ressort... l'Islande par exemple.   Les malheureux clients de Kaupthing sont au courant. Les ressources de l'état belge, dont on connait le niveau d'endettement, peuvent sembler illimitées aux actionnaires de Fortis et à leurs avocats, qui comparent souvent les opérations Fortis avec celles de banques comme Ethias ou Dexia, en oubliant que les actionnaires de ces banques ont activement contribué à ces  sauvetages en prenant part aux nécessaires opérations d'augmentation de capital.  Les actionnaires actuels de Fortis sont-ils prêts aujourd'hui à souscrire à une substantielle augmentation de capital pour sauver la banque dont ils sont actionnaires?

Ce qui me semble certain, c'est que la fable inventée par certains bureaux d'avocats, laissant présager des jours radieux aux petits actionnaires de Fortis, ne se réalisera pas.  Le premier jugement intervenu sur ces questions, tenait largement compte de ces considérations déterminantes.  Dire le droit est certes important et il est hors de question pour un démocrate de mettre en cause l'indépendance de la justice.  Il est permis cependant de s'interroger sur le but poursuivi par ces associations d'actionnaires:  annuler la vente à BNP fait courir un risque important aux clients, au personnel de cette banque et plus généralement à l'ensemble des citoyens belges.  Le "run on the bank" qui a justifié l'intervention du gouvernement, pourrait tout aussi bien reprendre et justifier des décisions gouvernementales plus radicales encore demain.

Les chances que ces actionnaires sortent gagnants de cette procédure, me semblent quant à elles très limitées.  Certes, Fortis est une entreprise systémique...dont la faillite pure et simple est improbable.  Croire pour cette raison que l'état belge sera obligé de faire passer les intérêts des actionnaires avant ceux de tous les autres, est une vraie erreur.  Certains investisseurs, qui ont investi après la première intervention de l'état, ont parié en connaissance de cause sur ce postulat...c'était un pari risqué, une spéculation.  Cela le reste plus que jamais aujourd'hui.