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29/11/2008

Marino Keulen et l’évolution de la situation politique au Nord

Marino keulen.jpgEn choisissant cette semaine de refuser la nomination des 3 bourgmestres de la périphérie, Marino Keulen, Ministre flamand des affaires intérieures, replace la difficile problématique bruxelloise sur la table des négociations.  Il l'aurait fait contre l'avis du Ministre-président Peeters, même si celui-ci  n'a pas désavoué par la suite cette décision.  Le risque de passer pour un mauvais flamand est toujours pris très au sérieux au nord. Très éclipsé par la crise financière et la crise économique qui s’annonce, les négociateurs des réformes institutionnelles travaillaient jusqu'alors dans une relative sérénité et en tout cas dans la discrétion indispensable pour engranger des progrès et conclure des accords. De son côté, soumis à l’urgence des enjeux, le gouvernement gouvernait et semblait trouver dans cette crise une nouvelle légitimité.

 

Il n’est peut-être pas sans importance de préciser que Marino Keulen est Open Vld et que ce parti connaît ces derniers temps une grande instabilité. Karel De Gucht est très déstabilisé par les opérations boursières de sa belle famille mais aussi par sa mise hors-jeu en République Démocratique du Congo et plus généralement en Afrique. Cela fait quand même désordre pour un ministre des affaires étrangères.  Il semblerait d’ailleurs souhaiter prendre la place de Louis Michel comme commissaire européen. Guy Verhofstadt est réapparu cette semaine, pour la petite histoire avec des cheveux plus longs et de nouvelles lunettes. Il ne semble pas avoir perdu de son allant durant sa retraite forcée, bien au contraire, il semble avoir plutôt repris des forces d’autant qu’il jouit aujourd’hui d’une crédibilité renouvelée. Plus personne ne croit au « Vijf minuten politieke moed » et le «Wie geloof deze mensen nog ? », qui lui avait fait tant de torts…s’est aujourd’hui retourné contre ses auteurs. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’a pas été remplacé dans le cœur des libéraux flamands ni par Patrick Dewael ni d’ailleurs par Bart Somers, l’actuel président de l’ Open Vld. Il est de nouveau l’homme le plus populaire de flandre.

 

Verhofstadtnew.jpg

 

L’agitation au nord du pays et à l’Open Vld semble pourtant avoir une autre source. Le gouvernement Leterme depuis la fin du cartel CD&V/N-VA ne dispose plus d’une majorité parmi les députés fédéraux flamands. Les échecs successifs d’Yves Leterme pour la formation d’un gouvernement et dans la négociation institutionnelle ont, chacun le sait, largement entamé son capital sympathie au Nord. L’affaiblissement du Vlaamse Belang, du fait de la montée de la liste Dedecker mais aussi en raison d’importantes dissensions internes, la fin du cartel CD&V/N-VA et la marginalisation de la N-VA, la poursuite de l’affaiblissement du Spa avec le départ de sa frange nationaliste, l’ex Spirit et le nouveau Vlaamse Progressief (qui a quand même réussi à scinder la fédération de football amateur), ont considérablement modifié le paysage politique au Nord et les rapports de force entre les formations politiques depuis les dernières élections.

 

C’est l’évidence que ces bouleversements influeront sur les comportements au sein du gouvernement Leterme I et particulièrement sur celui de l’ Open Vld, qui est la formation politique au sein de celui-ci, qui pourrait le plus profiter d’un retour aux urnes anticipé. A six mois des élections régionales, il pourrait devenir de plus en plus tentant pour certains d’empêcher Leterme et plus encore Kris Peeters, qui ménera les troupes CD&V pour ce scrutin,  d’engranger des avancées sur les questions communautaires. Le risque existe également qu’un partenaire de cette coalition hétéroclite décide même de dynamiter ce gouvernement. Vu l’environnement de crise, il est impossible de manœuvrer à découvert. Replacer BHV et les questions bruxelloises sur la table des négociations alors que chacun sait qu’aucun compromis sur ces questions ne pourra être obtenu en période électorale, peut certainement être perçu comme une manière subtile de convoquer la Belgique à un rendez-vous électoral décisif en Juin 2009.

 

Une nouvelle partie de valet noir semble avoir débuté en Flandre et pendant ce temps là,  des accords inter-professionnels se négocient, l'économie saigne et la population angoisse.

 

26/11/2008

Anne-Marie Lizin n’aime pas la démocratie

anne marie.jpgAprès son refus d’admettre les résultats de la consultation populaire sur son projet immobilier des Récollets, elle avait prétendu alors représenter la volonté de ceux qui n’avaient pas jugé utile de participer à cette consultation puisque ceux qui y avaient participé, avaient refusé avec une confortable majorité son projet.

 

Ce lundi, nous avons pu à nouveau constater à quel point elle avait une conception étrange de la démocratie. Mise en difficulté en raison de sa gestion désastreuse du CHRH (l’hôpital de Huy), par ailleurs en grande difficulté financière, elle en appelle aujourd’hui à un retour aux urnes qui lui redonnerait, pense-t-elle, à nouveau une majorité absolue et ainsi la possibilité de reprendre sans plus de contestation ses anciennes pratiques.

 

La démocratie, c’est pourtant le mode de gouvernement qui prévoit un contrôle des exécutifs par soit un conseil communal, soit un parlement. La substance d’une gouvernance publique démocratique, c’est qu’elle permette le débat, que ceux-ci soient publics et même que parfois certaines remarques, idées ou suggestions formulées par une opposition soient prises en compte. Cela ne plait pas à Huy, comme cela ne plaisait pas à Charleroi.

 

Plus fondamentalement encore, il est de plus en plus évident qu’il est illusoire d’espérer que le parti socialiste wallon s’auto-régule comme il était illusoire de penser à une auto-régulation des marchés financiers. En tout cas, chaque victoire électorale et surtout celles qui leur donnent une majorité absolue, semble être vécue par certains mandataires socialistes comme une autorisation à poursuivre sans contrôle et sans débat leur emprise absolue sur tous les rouages de la puissance publique en Wallonie.

 

Une rénovation des pratiques et des mœurs au PS, semble donc impossible tant que celui-ci ne connaîtra pas de désaveu électoral, tant qu’il ne perdra pas le leadership wallon. Même en admettant que le président du PS désire sincèrement rénover le parti dont il a la charge, comment pourrait-il le faire si cette rénovation implique que son parti se prive de ses plus importants pourvoyeurs de voix, qui détiennent aussi souvent une majorité absolue localement?  Il accepterait dès lors le risque d’une défaite électorale, dont il porterait, comme président, aussi la responsabilité devant les militants de son parti. Les tergiversations de la fédération liégeoise du PS, quant à la constitution des listes électorales, illustrent parfaitement ce phénomène…les atermoiements du Ministre Courard, également.

 

L’ambition du MR de s’emparer du leadership politique en Wallonie doit également être analysée en fonction de ces paramètres, il ne s’agit pas d’arrogance…plutôt la conscience de ses immenses responsabilités pour le devenir de notre région.

24/11/2008

Elio Di Rupo : La fin d’un règne ?

Elio.JPGCe week-end, le président du PS a envahi l’ensemble des médias pour initier la contre-offensive au congrès de lancement de campagne du MR à Namur. Elio Di Rupo doit principalement sa présidence au PS à ses qualités d’homme médiatique. ;-)  Il succédait à Philippe Busquin, qui nous a tant fait rire. Après avoir fait payer à son ancienne équipe de communication l’échec de sa campagne législative de 2007, en remerciant ses principaux collaborateurs, il était intéressant de découvrir ce week-end le millésime présidentiel « 2009 ».

La déception est malheureusement à la hauteur des attentes. Certes, il est apparu largement plus agressif que lors de la dernière campagne. Il semble déterminé à rendre les coups et à tenter de mouiller ses adversaires –sic-. Il reste malheureusement dans le déni des problèmes de gouvernance publique, qui concernent principalement les mandataires PS et sur lesquels il pourrait agir comme président de parti ou par une action des gouvernements auxquels son parti participe. Ce déni n’est pas anodin : comment et pourquoi prendre les mesures qui s’imposent pour améliorer la gouvernance publique en Wallonie, si on persiste à refuser de voir qu’il existe des problèmes ? Comment croire qu’il pourrait être l’artisan d’une rénovation du PS ? Où reste le chevalier blanc qui prétendait qu’il poursuivrait lui-même les parvenus qui peuplent son parti ?

Son analyse de la situation politique et de la crise financière et économique, tient en deux phrases « cette crise est libérale » et « il faut plus de régulation ». La première affirmation est à peu près aussi intelligente que de dire que le PS wallon est responsable du goulag ou de Pol Pot…quoique. ;-) D’autant que quand on lui demande s’il souhaite que l’on mette fin au système d’économie de marché, qu’on pourrait aussi appeler « système d’économie libérale » -c’est le même concept- il répond par la négative. :-)

Mais bien sûr, il faut plus de régulation !!! Tout le monde le dit !!! Sauf que la régulation à laquelle le président du PS pense, c’est la régulation locale… Celle que nous ne connaissons que trop bien en Wallonie : tracasseries administratives, dédales de réglementations variées, changeantes et compliquées à tel point que notre région a vu naître une nouvelle profession : subsidiologues, les seuls qui s’y retrouvent dans ces labyrinthes. A grand renfort de populisme, il compte aussi s’attaquer aux monopoles ou oligopoles, qui lui coûtent si cher en rasoirs... Bien et si on commençait par le monopole postal ou de certains services publics, dont on a compris qu’ils ne rendaient pas service au public en refusant tout service minimum. ;-) A quand un service public de rasage...gratis ??? :-))

Ce que tout le monde dit, à commencer par des figures aussi peu socialistes que Sarkozy, Obama ou Didier Reynders, c’est qu’il faut une meilleure régulation des marchés financiers et surtout une régulation supranationale puisque les acteurs financiers et économiques sont désormais de taille mondiale.  Mais là, il ne dit rien...n'aurait-il rien à proposer?

Dès les premières secondes de cette interview, chacun a pu constater que le président du PS n'avait pas changé et n’avait plus grand-chose à dire. Alors que Pascal Vrebos lui demandait de s’expliquer sur ses responsabilités comme administrateur de Dexia dans le crash de cette banque, il n’a pu s’empêcher de rappeler pour la 150 ème fois qu’il avait destiné cette rémunération à la création d’une œuvre sociale. A tant le répéter et à si mauvais escient, on peut aujourd’hui presque douter de la vocation sociale du geste.