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21/10/2008

Monsieur Aernoudt se lance en politique...

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Ce lundi, un « Bekende Vlamingen », Rudy Aernoudt annonce en grande pompe son intention de se lancer en politique…en Wallonie. L’homme n’est pas totalement inconnu ici, puisqu’il a exercé un temps les fonctions de chef de cabinet du Ministre régional de l’économie, Serge Kubla et il a co-écrit de nombreux livres avec le sénateur MR, Alain Destexhe. Il est aussi l’homme du scandale en Flandre, puisque c’est lui qui a révélé alors qu’il était chef de cabinet de la Ministre régionale flamande de l’économie (Fientje Moermans), que celle-ci recourrait « abusivement » à des consultants externes dans son cabinet. Ces révélations ont entraîné la démission de la ministre en question… Avec un Vlaamse Belang, toujours très actif sur les bancs de l’opposition, il est devenu impossible pour un ministre de se défendre sereinement contre ce type d’accusation même si le recours à de la consultance ne me semble pas forcément le signe de quelconques malversations (un ministre ne peut forcément être au courant de tout et il ne me semble pas idiot de devoir demander parfois conseil à des spécialistes). D’après ce que j’ai pu lire dans les journaux flamands, Fientje Moermans était d’ailleurs très appréciée comme ministre. Elle siège aujourd’hui comme simple députée au parlement flamand et pourrait bien mener la liste de son parti dans sa région pour les prochaines élections.

 

Evidement, cette « trahison » de son employeur ne lui a pas valu que des amis surtout au sein de l’Open VLD. Mais il est également très proche de Jean-Marie Dedecker (l’ancien judoka), exclu lui aussi de ce parti en raison de son populisme, et qui a rebondit en créant sa liste, qui cartonne dans les sondages en Flandres. Ils étaient collègues dans une agence bancaires d’Ostende…il y a 20 ans, bien avant donc de devenir connus et même de se lancer tous deux dans la politique. C’est peu de dire que ces deux là sont copains, c’est même Rudy Aernoudt qui a écrit le programme socio-économique de la liste Dedecker. Rudy Aernoudt est à la fois philosophe et économiste (comme moi et ce n’est pas si fréquent ;-)).

 

Personne n’ignore que Jean-Marie Dedecker nourrissait l’ambition de s’étendre en Wallonie et devenir ainsi un véritable acteur global sur la scène politique belge. Ce qui est embêtant, c’est que Jean-Marie est très flamingand et quasi ouvertement séparatiste. Son slogan de campagne aux dernières élections (Met Belgïe als het kan, zonder als het moet !) Avec la Belgique si c’est possible, sans s’il le faut !!! Et dans l’esprit de Jean-Marie…il faudrait que les francophones renoncent à beaucoup (notamment une régionalisation totale de la sécurité sociale et la fin immédiate des « transferts ») pour que la Belgique reste possible !!!

 

Impossible de réussir en Wallonie avec un tel programme, tous les analystes se demandaient quel lapin, l’homme le plus populaire de Flandres sortirait de son chapeau pour mener à bien son projet… Ce sera donc apparemment…son ami Rudy Aernoudts, qui lui est un belgicain convaincu. Il est notamment membre de B-plus, le mouvement unitariste bien connu, mais j’y ai croisé récemment certains (voir plus bas www.jevotepourlabelgique.be), dont je me demande ce qui les distingue vraiment des flamingands purs et durs. J’attends aussi avec impatience de voir à quelle partie du programme de son ami Jean-Marie, il renonce.

 

Ce qu’il revendique en tout cas : c’est le programme socio-économique de la liste Dedecker…normal il en est l’auteur… C’est, croit-il, ce qu’il faut pour la Wallonie également.

 

  • Moins de clientélisme, une meilleure gouvernance publique. Comment ne pas être d’accord avec cela ? Même Elio au PS revendique être l’artisan d’une rénovation en ce sens au sein de son parti sans beaucoup d’efficacité néanmoins cela fait plus de 10 ans qu’il rénove et on ne voit toujours pas de changement. Au MR, nous avons Alain Destexhe… Il a écrit de nombreux livres sur ce thème mais il y a aussi son « ennemi », Serge Kubla. Le parlement wallon résonne encore de ses diatribes contre la politisation des récentes nominations PS, à la tête de tous les rouages de l’administration wallonne. On ne peut pas non plus accuser Charles Michel d’être indifférent au problème, on a aujourd’hui les preuves de son combat incessant dans ce sens lorsqu’il était Ministre des affaires intérieur du gouvernement wallon. Olivier Chastel n’est-ce pas celui qui a dénoncé les scandales de la Carolo ? C’est aussi une évidence que toutes ces actions ont reçu le soutien du président, récemment réélu du MR…Didier Reynders. Il faut bien comprendre que le principal frein vient ici du PS et la meilleure chance de mettre fin pour de bon à certaines pratiques de ses membres, c’est que celui-ci ne soit plus demain, le parti omnipotent qu’il est depuis trop longtemps en Wallonie. Il faut faire basculer le centre de gravité politique de cette région !!! Il faut que le MR devienne le premier parti politique wallon à l’issue du prochain scrutin régional. Pour y parvenir, chaque voix comptera et chacune de celles qui partiront du MR pour se porter sur d’autres candidats ou d’autres listes, rendront plus lointain cet objectif. Je ne comprends donc pas la candidature de Monsieur Aernoudt. Si il tient temps à ces objectifs, pourquoi ne pas avoir choisi de renforcer les listes du MR ?

 

  • Limiter les allocations de chômage dans le temps. Voilà typiquement le genre d’idée qui ne pouvait provenir que de Flandre, où règne le quasi-plein emploi. En Wallonie, où l’offre nette d’emplois ne permettra pas à tous les chômeurs de longue durée de trouver du travail même s’ils font les efforts nécessaires pour se former ou chercher ce travail, cette mesure est une fausse bonne idée. Car quelle sera la conséquence concrète de cette mesure ? C’est que les chômeurs, qui seront privés des allocations payées par l’ONEM, n’auront d’autres choix que de s’inscrire au CPAS, payé par la commune. Ils ne vont pas se laisser mourir de faim et il serait évidemment impensable de les laisser mourir de faim. La subtilité qu’il faut maintenant comprendre, c’est que le budget de l’ONEM est un budget fédéral tandis que les CPAS sont uniquement financés par de l’argent wallon.

 

 

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On le voit…la candidature et le nouveau parti de Rudy Aernoudt est le cheval de Troie de la Flandre de Jean-Marie Dedecker en Wallonie. Sans doute n’a-t-il pu trouver malgré ses affirmations de candidats wallons sérieux pour porter ses couleurs. Même s’il peut sembler exister une communauté d’intérêts et une proximité entre Rudy Aernoudt et le MR, celle-ci ne résiste pas à une analyse approfondie. Bien au contraire, si ce mouvement, cette liste, cette candidature isolée connaît un quelconque succès, cela renforcera l’hégémonie du PS et retardera les nécessaires changements dont notre région a besoin. Rudy Aernoudt est le meilleur allié d’ Elio comme un autre Jean-Marie était le meilleur allié de Mitterand.

 

16/10/2008

Le libéralisme ne s’effondrera pas

Contrairement à ce que le président du PS prétend dans une interview à la libre ce samedi, le libéralisme ne s’effondrera pas à l’occasion de ce crash boursier. Il s’amendera, se perfectionnera mais cette crise ne signifie certainement pas la fin de l’économie de marché… elle en sortira plus forte  et c’est heureux car aucun modèle socialiste ou autre n’est aujourd’hui susceptible de constituer une alternative sérieuse.

 

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Alors que certains consacrent toute leur énergie à sauver ce qui peut l’être et à préserver l’ensemble de la population du chaos, d’autres préfèrent déjà exploiter de manière politicienne la situation. C’est le jeu démocratique mais je ne peux m’empêcher de regretter le manque de solidarité du président du PS vis-à-vis d’un gouvernement auquel il participe par ailleurs.

Quelles sont les origines de cette crise ? Analyse 

  • La crise du crédit aux USA. On a déjà beaucoup parlé des « subprimes », ces crédits hypothécaires douteux, qui ont été accordés à des personnes précarisées et sans couverture santé. Il est évident que de tels dossiers n’auraient jamais été validés en Belgique. Ils l’ont été aux USA parce que l’immobilier connaissait une croissance à deux chiffres depuis de nombreuses années. Le calcul de ces banquiers, peu scrupuleux, était que même si ces preneurs de crédit ne parvenaient pas à honorer leurs engagements, ils auraient toujours la possibilité de revendre leur bien immobilier pour solder leur engagement et même encaisser une plus-value. Les arbres ne montant jamais jusqu’au ciel, les problèmes sont apparus lorsque le marché immobilier s’est effondré.

On va encore beaucoup parler des autres formes de crédit à la consommation, notamment de celles qui ont permis aux industries automobiles US de continuer à vendre des 4X4 alors que le prix de l’essence ne cessait d’augmenter. Peut-on encore parler de vente de voiture quand un concessionnaire propose de vous racheter votre ancien véhicule au prix fort en cash et vous laisse repartir avec une nouvelle voiture sans mensualités à payer avant deux ans.  Comment vont-elles aujourd'hui trouver le financement pour adapter enfin leur offre à la demande.

Est-ce la vocation d’une carte de crédit de permettre de payer son crédit hypothécaire ? Est-il sain de laisser certains détenir plusieurs dizaines de ces cartes et plonger dans le surendettement ? Toutes ces pratiques ont eu cours au pays de l’oncle Sam, elles ont permis à l’administration Bush de maintenir artificiellement une croissance US forte et de masquer ses catastrophiques erreurs de jugement, notamment :

  1. La guerre en Irak, qui a échoué à maintenir des prix pétroliers bas mais au contraire en déstabilisant durablement toute cette région, a accentué notre dépendance vis-à-vis des monarchies pétrolières.
  2. L’absence de diversification énergétique et le maintien d’une économie très consommatrice en énergie, inadaptée à la situation climatique mais aussi au contexte géopolitique.
  3. L’explosion des déficits budgétaires et de l’endettement public US, qui interdisent aujourd’hui à cette administration de disposer des ressources nécessaires pour assumer seule ces erreurs de jugement.
  • La titrisation des moyens de crédit. Prônée par Alan Greenspan, qui voyait dans ce mécanisme, un moyen de répartir dans l’économie mondiale les risques pris en matière de crédit par les seuls opérateurs US. Beaucoup d’analystes, dont Warren Buffet, attribuent à cette mécanique, la mondialisation de cette crise, qui sinon aurait essentiellement concerné les institutions bancaires US. En déresponsabilisant les émetteurs de crédit des risques de défauts de paiement encourus par les preneurs, le système bancaire US a permis cette extraordinaire inflation de la masse monétaire et a transféré ce risque à l’ensemble des institutions financières, qui ont maintenu à tort leur confiance dans le système bancaire US.
  • La faillite des agences de notation de crédit. A l’occasion de cette crise financière, nous assistons à la faillite des agences de notations(Standard and Poors, Fitch, etc) qui évaluent la qualité des entreprises ainsi que les qualités des instruments de crédit de celles-ci. Elles ont surévalué ces qualités avant l’explosion de la crise et ont ainsi favorisé la création de la bulle des subprimes, aujourd’hui elles accentuent cette crise en anticipant trop fortement certaines dépréciations d’actifs. Si une meilleure régulation doit naître suite à cette crise, elle passera par la création d’organes de notation hors-marché et indépendant.
  • Le maintien de taux de crédit artificiellement bas par la Federal Reserve Bank en dépit des déficits conjugués du budget et de la balance commerciale US, qui a stimulé l’explosion de ces crédits et la formation de bulles spéculatives, notamment dans le secteur immobilier.

A la lecture de cette analyse, il est évident que l’administration Bush porte une immense responsabilité dans la crise à laquelle nous assistons et qui a aujourd’hui contaminé l’ensemble de l’économie mondiale. Comme la crise s’est propagée à l’ensemble de l’économie mondiale, une mobilisation de l’ensemble des acteurs économiques mais également de l’ensemble des puissances publiques est indispensable. Cette mobilisation devra mettre en œuvre des solutions globales concertées et de nature à rendre confiance dans le système financier.

Malgré l’exploitation politicienne, dont fait l’objet cette crise par le PS belge, il ne s’agit pas d’une mise en cause de l’économie de marché en tant que telle. Il s’agit encore du meilleur système pour financer, par exemple, les investissements qui seront nécessaires pour industrialiser les technologies qui répondront aux défis climatiques et à la diversification de nos sources d’énergie. Il faudrait que ceux qui remettent en cause ce système économique, proposent alors une alternative réellement crédible. Ce n’est pas non plus une mise en cause du libéralisme tel qu’on l’envisage par exemple au MR, qui n’a jamais prôné ni la dérégulation ni nié le rôle social de l’état. L’économie de marché, ce n’est ni l’absence de règles ni l’absence de contrôle des acteurs du marché. Il faut bien sûr des règles, même si celles-ci doivent permettre à un marché de s’exprimer, c'est-à-dire d’organiser la concurrence entre des acteurs économiques, de sanctionner ceux qui sont moins efficaces et de récompenser ceux qui le sont plus.

Dans un monde globalisé, les instruments qui permettront une régulation efficace de la part la puissance publique, seront nécessairement supranationaux. Il me semble qu’il devrait être possible d’avancer rapidement dans ce sens au niveau de l’eurogroupe, qui partage la même monnaie et donc le même cadre économique et globalement la même conception du rôle de l’état. Il sera sans doute également nécessaire de prévoir des organes de régulation à un échelon plus élevé (véritablement mondial). Restaurer la confiance pour sortir de cette crise, et c’est indispensable, rend la mise en œuvre de ces mesures urgentes et nécessaires. Il s’agit de ne pas gâcher cette chance historique.