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17/05/2008

L'autisme de la Flandre

Depuis quelques mois, les délégations internationales se succèdent en Flandre pour y mener des enquêtes sur les politiques qui y sont appliquées.  Les avis négatifs succèdent aux avis négatifs par les organisations internationales.  Plus récemment la presse internationale s’est fait l’écho de ces problèmes.

 

  • Wooncode : J’ai déjà évoqué sur ce blog, les problèmes posés par ce Wooncode.  Marino Keulen, qui parle pourtant bien le français, refuse à présent de répondre aux interviews dans une autre langue que le néerlandais, notamment à la demande formulée par Jean Quatremer, journaliste à Libération.  Ce « Wooncode » a également été très défavorablement jugé par la Commission Européenne et par le comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale.
  • Assurance dépendance, réservée aux seuls flamands : La Cour de Justice Européenne a récemment  recalé la mise en œuvre de cette législation au motif que ce dispositif entraverait la libre circulation des travailleurs en Belgique.
  • Interdiction de fréquentation de la plaine de jeu aux enfants francophones à Liedekerke : cette mesure, heureusement abrogée depuis, interdisait aux enfants, dont la connaissance du néerlandais aurait été insuffisante, de fréquenter la plaine de jeu de Liedekerke.  Les motifs invoqués étaient de type sécuritaires.  Les animateurs de cette plaine de jeu n’auraient pu assurer la sécurité de ces enfants.  Les autorités de la commune de Liedekerke ne sont pas découragées par un avis défavorable, émis par Marino Keulen et compte bien persévérer dans la mise en œuvre de cette disposition.  Le bourgmestre empêché de Liedekerke n’est autre qu’Etienne Schouppe, le controversé ancien patron de la SNCB, éphémère président du CD&V et actuel non moins controversé Secrétaire d’état Fédéral de la Mobilité, en raison de son approche du dossier nuisances sonores de l’aéroport de Zaventem, très défavorable aux intérêts des Bruxellois et particulièrement favorable aux habitants de Liedekerke.
  • Obligation de justifier d’une connaissance du néerlandais pour acquérir un terrain à Zaventem.  La commune de Zaventem réserverait la vente de ses terrains aux seules personnes pouvant justifier d’une connaissance du néerlandais.
  • Obligation pour les parents d’élèves inscrits dans l’enseignement néerlandophone de justifier d’un niveau de connaissance suffisant de la langue néerlandaise : depuis quelques années, de nombreux parents francophones, soucieux de permettre à leurs enfants d’acquérir un véritable bilinguisme néerlandais/français, inscrivent leurs enfants dans le réseau néerlandophone.  Le gouvernement flamand veut limiter cette tendance en exigeant de ces parents, qu’on ne peut pourtant pas soupçonner d’a priori négatif vis-à-vis de leur langue, de justifier d’un certain niveau de connaissance du néerlandais.
  • Interdiction d’affichage dans une autre langue que le néerlandais.  Dans les communes de la périphérie, il serait désormais interdit d’afficher dans une autre langue que la langue néerlandaise, même l’anglais serait désormais proscrit notamment pour les annonces immobilières.
  • Nomination des bourgmestres de la périphérie : Depuis les élections d’octobre 2006, les bourgmestres de trois communes à facilités de la périphérie, pourtant largement élus à l’issue de ce scrutin, se voient refuser cette nomination par le même Marino Keulen.  Il justifie ce déni de démocratie par les infractions commises par ces bourgmestres aux « Taalwetgeving » (législations linguistiques) qui sont d’application sur l’ensemble du territoire flamand : notamment en matière d’emploi des langues lors des réunions des conseils communaux de ces communes (il est cependant explicitement prévu que dans les communes à facilités, les conseillers communaux peuvent s’exprimer dans la langue de leur choix pour leurs interventions) et aussi du fait que ces bourgmestres ont préféré convoquer leurs électeurs au vote dans leur langue, plutôt que d’attendre que ceux-ci fassent spécifiquement la demande de recevoir leurs convocations dans une autre langue que le néerlandais en infraction avec les très controversées circulaires Peters. 

 

Une délégation du Conseil de l’Europe menée par Michel Guégan, vient de rendre un avis très négatif sur cette décision du gouvernement régional flamand.  L’ensemble des instances internationales recommande d’ailleurs à la Flandre de ratifier d’urgence la convention-cadre sur la protection des minorités linguistiques, décidée par ce même Conseil de l’Europe, dont la Belgique est membre fondateur d’ailleurs.

 

 

Le très sérieux New York Times n’hésite plus à évoquer ces problèmes linguistiques belgo-belges en première page.  L’article a également été repris dans l’édition de ce jeudi de l’ International Herald Tribune, la voix de l’Amérique à l’international.  Celui-ci affirme même que la Flandre est désormais contaminée par une sorte de fascisme non violent.

 

La seule réponse, apportée jusqu’à présent par le gouvernement flamand, se limite à l’invocation d’un complot par les francophones, à une mauvaise information des organismes internationaux et de la presse étrangère de la législation linguistique.  Ceux-ci ont pourtant pris la peine de mener l’enquête et d’auditionner les principaux protagonistes de ces différents dossiers.  Marino Keulen estime nécessaire de recruter un porte-parole à plein temps de la communauté flamande, de renforcer la communication de son gouvernement à destination de l’étranger.

 

Ne serait-il pas temps plutôt qu’il s’interroge sur le bien fondé de toutes ces mesures, qui ne peuvent se comprendre que par l’existence d’un contexte historique et politique chargé et par un désir de revanche de la population flamande vis-à-vis d’une domination réelle ou supposée par l’intelligentsia francophone ?  La justification habituelle des pouvoirs politiques flamands, arguant du respect du processus démocratique lors de l’élaboration de ces différentes mesures, ne tient pas : chacun sait que la démocratie n’est pas un rempart infranchissable contre les dérives totalitaires…Adolf Hitler n’avait-il pas été démocratiquement porté au pouvoir par le peuple Allemand ?  Il est de plus en plus clair que le populisme du Vlaamse Belang a aujourd’hui contaminé l’ensemble de la classe politique flamande, au point de la rendre autiste face au désaveu de la communauté internationale et de ses médias ?

 

Yves Leterme ne semble quant à lui pas savoir répondre aux interrogations qui se font jour dans la communauté internationale…

 

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